"Il doit être de notre devoir de responsabiliser les jeunes plutôt que de les déresponsabiliser". Lettre ouverte au ministre d'État Joachim Herrmann

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Cher ministre Herrmann,

Dans le contexte de la politique migratoire européenne et allemande, on parle beaucoup d'intégration ou d'intégration ratée et réussie.

La jeune fille de 13 ans, Anahit H., est un exemple d'intégration dite "réussie". En tant qu'élève du Ohm-Gymnasium Erlangen bien intégrée dans les structures sociales de la ville, reconnue comme amie, camarade de classe et élève, elle a été littéralement arrachée du lit avec ses parents dans une action de nuit et de brouillard et déportée vers la patrie d'origine de sa famille, en Arménie. Nous, y compris vous en tant que ministre de l'Intérieur de Bavière, savons ce que signifie le fait de déraciner un jeune de son environnement familier - également appelé foyer - et de déménager dans une ville étrangère : la rupture de toutes les relations établies, la perte d'une confiance fondamentale dans ses propres structures de vie, l'interruption d'un parcours scolaire jusque-là réussi, la perte de toutes les perspectives qui avaient été construites. C'est malheureusement le sort de pas mal de jeunes dans notre pays et ce pendant la pandémie de Covid-19.

Expulser Anahit et ses parents de cette manière ne fait pas que contrecarrer les efforts et l'engagement des enseignants, éducateurs et accompagnateurs d'Anahit, c'est aussi une attaque contre les droits d'une jeune personne qui n'a rien à se reprocher si ce n'est le besoin de façonner sa propre vie de manière positive.

De nombreux citoyens descendent dans les rues d'Erlangen ces jours-ci pour exprimer leur colère et leur solidarité envers Anahit et sa famille. Par leur protestation, ils veulent, avec les autorités responsables, les appeler à reconsidérer leurs procédures et à revoir leurs actions.

En tant que membre du Parlement européen, en tant qu'ancien conseiller municipal de la ville d'Erlangen et également en tant qu'ancien professeur du Ohm-Gymnasium Erlangen, je ne peux qu'affirmer ceci debout pourJe ne peux qu'affirmer et saluer cette prise de position d'autres êtres humains. Au lieu de créer des fissures, des tranchées et des trous, la politique devrait essayer de façonner la coexistence. En tant qu'êtres humains, nous sommes à tous égards des cas individuels, et surtout lorsqu'il s'agit d'actions aussi radicalement exécutées sur des individus, il faut les examiner de près et les revoir.

Cher ministre Herrmann, je vous demande par la présente, en tant que chrétien, de vous lever de la même manière.

Il doit être de notre devoir de responsabiliser les jeunes plutôt que de les déresponsabiliser. Nous devons reconnaître les bons chemins comme tels, au lieu de les couper. Nous devons apprécier la convivialité comme une valeur communautaire essentielle qui ne doit pas être dévaluée par une déportation sur la base d'une intégration réussie.

Je suis sûr que là où il y a une volonté, il y a un moyen et que vous pouvez ramener ces personnes et leurs familles, afin qu'elles puissent continuer la vie qu'elles ont construite. Il serait souhaitable que le chemin d'un jeune, comme celui d'Anahit, garde son horizon.

Dr. phil. Pierrette Herzberger-Fofana, MEP

Membre du Parlement européen

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