Ma contribution dans le magazine du Parlement européen : UE-Afrique : le temps est venu d'un partenariat égalitaire, estime Pierrette Herzberger-Fofana

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L'Europe doit trouver un nouvel équilibre et un nouvel élan diplomatique vis-à-vis de l'Afrique, déclare le vice-président de la commission du développement du Parlement européen

"Nous voulons atteindre un nouveau niveau dans notre partenariat avec l'Afrique". Ce message a été répété à plusieurs reprises depuis le début de la législature. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné l'importance de bonnes relations avec nos voisins pour la coopération dans les domaines du développement, de la sécurité et du commerce.

Compte tenu des retards causés par la pandémie, il est intéressant d'observer la manière dont les différentes présidences ont organisé le sommet et les relations avec le continent africain, ce qui révèle la diversité des relations bilatérales entre les pays européens et africains.

"Je pense que cela nous donne l'occasion de mettre sur la table les 'sujets brûlants' qui se trouvent dans un coin poussiéreux de nos relations et qui pourtant les influencent constamment.

Comment se fait-il qu'un État membre de l'UE n'ait qu'une seule ambassade pour plus de 50 pays sur le continent africain, mais qu'il entretienne des relations bilatérales avec plusieurs pays d'Afrique subsaharienne ? Nous devons trouver un nouvel équilibre et un nouvel élan diplomatique vis-à-vis de nos partenaires africains, surtout si l'on considère que d'autres puissances mondiales comme la Chine ou la Russie développent des relations étroites en Afrique.

Le sommet se tiendra finalement sous la présidence française (et non allemande ou slovène). Bien sûr, de nombreux détracteurs ont dénoncé l'histoire coloniale difficile de la France et ses relations postcoloniales avec les pays africains, ses interventions en matière de sécurité et sa politique nationale concernant la diaspora africaine. Je pense toutefois que cette occasion peut permettre de mettre sur la table les "sujets brûlants" qui se trouvent dans un coin poussiéreux de nos relations et qui pourtant les influencent constamment. Je suis fermement convaincu que nous avons besoin de travailler ensemble dans des domaines moins techniques, mais qui ont le pouvoir de transformer nos relations. Mais comment y arriver et est-ce vraiment nécessaire ?

Sans avoir une idée claire de l'ordre du jour du sommet de haut niveau et de la possibilité pour nous, députés européens, d'intervenir, il est généralement supposé que des sujets "techniques" seront discutés ; des domaines de coopération qui existent déjà et qui sont renforcés par la crise sanitaire actuelle et d'autres défis (européens).

Lors de la réunion ministérielle de Kigali fin 2021, une déclaration sur l'orientation du sommet UE-UA a été publiée. Il en ressort que les thèmes classiques du développement sont sur la table : la transformation verte et numérique, la sécurité, la gouvernance et la paix ainsi que la migration et la mobilité.

En tant que vice-présidente de la commission du développement et de la délégation auprès du Parlement panafricain, j'ai toujours plaidé pour des approches plus différenciées et interdisciplinaires dans ces domaines. Un exemple en est la mise en œuvre d'une approche de la sécurité centrée sur l'homme, qui intègre la nutrition, la santé et la protection sociale dans la région du Sahel. Un autre exemple est la réorientation de la migration et la prise de conscience que nos politiques européennes influencent ou parfois même déclenchent les flux migratoires.

Compte tenu des vestiges non résolus de l'histoire coloniale dans les relations actuelles et des dépendances et conditions structurelles qui en résultent, l'objectif devrait être un "partenariat d'égal à égal". Il serait utile de mesurer et de surveiller dans quelle mesure nous nous rapprochons de cet objectif.

La voie à suivre passe par la mise en place de structures qui tiennent compte de l'asymétrie actuelle des rapports de force. Ces structures au niveau UE-AU devraient permettre une participation effective et large des sociétés civiles, de la diaspora, des syndicats et des parlements. Dans ce contexte, toute initiative, y compris d'autres initiatives liées à l'Afrique et l'accord post-Cotonou, devrait être évaluée à l'aune de cet objectif.

Pour moi, la mesure la plus prometteuse pour donner plus de cohérence à nos relations consiste à les examiner de plus près. L'introduction d'une culture de la mémoire comme la restitution, l'approche globale de l'histoire et la décolonisation de nos interactions pourraient nous rapprocher d'une nouvelle manière et contribuer à redessiner les relations entre les deux continents. La restitution consiste à reconnaître l'histoire, à en réinterpréter le sens et à utiliser la culture pour s'encourager et se comprendre mutuellement.

"La réparation consiste à reconnaître l'histoire, à en réinterpréter le sens et à utiliser la culture pour s'encourager et se comprendre mutuellement.

Selon un compte rendu de la réunion de 2021 à Kigali, les ministres y ont également "reconnu l'importance des biens culturels pour l'identité et l'économie de l'Afrique. Les ministres poursuivront la coopération internationale et le dialogue permanent afin de promouvoir l'accès au patrimoine culturel et d'encourager l'obligation mutuelle de restitution des biens culturels".

Sur le thème des œuvres d'art et des biens culturels, le gouvernement fédéral allemand s'engage, sous la présidence française du Conseil, à renforcer la recherche de provenance et la sensibilisation au Parlement européen. Par exemple avec un rapport qui a été voté en commission de la culture et de l'éducation, mais surtout avec des acteurs africains bien organisés qui s'engagent pour la restitution. Je suis convaincue que cela aura le pouvoir de changer notre dynamique.

Lors du pré-sommet du Parlement européen sur les relations UE-UA (une semaine avant le sommet), les députés et les parties prenantes ont souligné les améliorations en matière d'égalité des sexes en Europe et en Afrique, ainsi que la mise en place d'institutions solides pour renforcer la gouvernance, les piliers de la paix et de la sécurité.

Les intervenants ont souligné le potentiel de la jeunesse et sa participation à la vie politique, ainsi que la reconnaissance de la société civile. Pour moi, cela montre une fois de plus que nous avons besoin d'un partenariat inclusif si nous voulons qu'il soit durable et que nous devons renforcer le partenariat entre les parlements européens et africains. C'est ainsi que nous pourrons établir un véritable dialogue qui tiendra compte des solutions proposées par nos partenaires et qui améliorera ainsi la qualité de vie de tous nos citoyens.

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