Allemagne: 5000 personnes manifestent contre le racisme à Nuremberg

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Publié par Africpost.

Nuremberg 6.6.2020 „BLACK LIVES MATTER“ La vie des Noirs compte

Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour montrer notre solidarité avec les Afro-Américains qui luttent pour le respect de leur dignité; et pour défendre les droits des personnes d’origine africaine qui sont bafoués par cette discrimination raciale dont ils sont en général victimes. Les droits de l’homme ne semblent pas compter de la même façon pour eux. Cette discrimination raciale est inacceptable.

Le décès de George Floyd a touché le monde entier. De partout des manifestations ont eu lieu afin d’exprimer la colère des participants. George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, est décédé à Minneapolis le 25 mai 2020. Une vidéo qui a fait le tour du monde : “Je ne peux pas respirer”, proteste-t-il lorsqu’un policier l’a plaqué au sol et immobilisé en lui mettant son genou sur le cou. Le policier blanc Derek Chauvin a maintenu son genou sur la nuque de George Floyd pendant huit minutes, 46 secondes comme le montre la vidéo. Cette scène a provoqué un tollé dans le monde entier. Une fois de plus, un homme noir innocent a été assassiné par la police.

Le genou blanc, symbole d´oppression

Ce genou sur la nuque de George Floyd est le symbole de l’oppression des Noirs partout dans le monde. Un genou qui écrase toute possibilité de développement, un genou qui signifie l’oppression que les Africains et leurs descendants subissent et qui leur empêche de s´épanouir conformément à leurs compétences. Le monde entier est sidéré! L’indignation est partout à son comble, en Europe et dans le monde entier à cause de cet acte inhumain.

A Nuremberg plus de 5000 personnes ont manifesté, à Munich plus de 25 000 personnes, Paris, Montréal, Bruxelles, Dakar, tous sont sortis dans la rue pour dire haut et fort „assez, c’est assez“ „Black Lives Matter (La vie des Noirs comptent), No Peace without Justice“ (Pas de paix, sans justice)”Nous sommes en colère, impuissants et désespérés!”. De nombreux Blacks, Africains, Afro-européens et Afro-américains en Europe ont dû le dire et le répéter au cours des dernières semaines et années.

La couleur de notre peau n’est pas un crime” La couleur de notre peau n’est pas un crime” ce slogan qui figure sur les affiches des manifestants révèle le malaise profond des Afro-Américains et leur colère. Malgré les manifestations pacifiques, les pétitions et l’engagement politique de nombreuses personnes de bonne volonté, la violence policière contre les Noirs se poursuit. Pour citer Martin Luther King, “Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons tous mourir ensemble comme des idiots”, mais comment pouvons-nous suivre ce conseil quand un côté semble opprime et mépriser l’autre côté ?

Le président Donald Trump a ouvertement exprimé son mécontentement à l’égard des manifestants et a même incité à la violence contre eux. Le 29 mai, Trump a tweeté “quand le pillage commencera, la fusillade commencera” – une citation qui date de 1967 d’un chef de police raciste de Miami contre des membres du mouvement afro-américain des droits civils. Trump a ensuite déclaré qu’il enverrait les militaires dans les États où les gouverneurs refusent de déployer la Garde nationale. En Allemagne aussi, des Noirs ont été tués par la police. Nous nous souvenons de Oury Jalloh à Dessau; cet homme de 37 ans, originaire de Sierra Leone se serait immolé par le feu dans sa cellule à Dessau en 2005 – bien qu’il était ligoté sur son matelas de manière inhumaine,. ou bien encore Christy Schwundeck du Nigeria, qui a été abattue par une policière au service de la main d’oeuvre de Francfort-sur- le-Main. Elle souhaitait percevoir son allocution de 50€ en argent liquide et non par virement bancaire , et de Ndèye Marème Sarr du Sénégal, en 2001 abattu par un policier venu réglé un litige entre les époux.

La discrimination, la violence policière et le racisme institutionnalisé sont très présents partout en Europe. Dans de nombreux pays de l´Union Européenne, la violence policière touche les jeunes d’origine étrangère. La liste est longue de tous ces jeunes Noirs ou Maghrébins victimes du „ racial profiling“ ou délit dû au contrôle arbitraire du faciès qui est une constante dans toute l‘Europe. Compte tenu de mes nombreuses années d’engagement dans la lutte contre le racisme, j’ose affirmer qu’il n’y a pas un seul Noir, une seule femme Noire ou d’ascendance africaine en Europe ou même en Allemagne qui n’ait pas été victime de racisme au moins une fois dans sa vie. Ces dernières années, nous avons constaté une augmentation des agressions policières, en particulier à l’encontre des communautés marginalisées ou des “minorités visibles”.

Le racisme au quotidien

Je croyais que nous avions fait un bond en avant dans notre lutte contre les préjugés et la discrimination raciale lorsqu’on parlait tous de la société multiculturelle. La réalité est autre : Le racisme qui n’a jamais disparu fait à nouveau surface. Il semble même maintenant être à nouveau acceptable. Les nombreuses bavures de langage de certains politiciens allemands qui utilisent des mots comme N……. pour désigner les personnes d’origine africaine, confirment nos propos. C´est ainsi que le ministre de l’intérieur et de l’intégration de la Bavière parlant d’un chanteur afro-cubain célèbre en Allemagne a déclaré „Roberto Blanco est un N…….fantastique. Ou bien le ministre de la coopération allemande lors du congrès de son parti croyant faire une bonne blague a déclaré:” Lorsqu’un Africain gagne 100 dollars, […], combien rapporte-t-il chez lui ? Trente dollars. Et vous savez ce qu’il fait du reste…(il le dépense) pour l´ alcool, la drogue, et les femmes bien sûr. Certes, le ministre de la Coopération s’est excusé affirmant qu’il avait voulu mettre en lumière le dynamisme des femmes Africaines et qu’il a été mal compris, mais sa déclaration en dit long sur son mode de pensée. Et tout récemment, le patron de la ligue de footbal Schalke-Boss a recommandé le financement de centrales électriques en Afrique et a déclaré, selon le journal Neue Westfälische: “Ainsi les Africains cesseraient alors d’abattre des arbres et ils vont s‘arrêtert de faire des enfants quand il fait nuit. “Peu importe la raison pour laquelle les gens utilisent le mot N…, même s’ils font référence à la liberté de l’art, ou à la liberté d’expression, comme nous l’avons vécu il y a quelques mois, lors d´un spectacle de marionnette oú sous forme de satire le régisseur a dépeint les Africains de manière indigne avec des jupettes en raphia et des lèvres lippues, style „y a bon Banania“.

Ce mot N…..blesse profondément – et traumatise nos enfants. Peu importe la raison pour laquelle les gens l´utilisent. Ce mot „N……. est une insulte, un manque de respect même si certains se l’approprient en faisant référence à la liberté de l’expression et de l’art. Aujourd’hui, il ne devrait plus être d’usage. En tant qu’enseignante, j’ai pu constater à quel point l’âme des enfants issus des minorités visibles dans une société blanche est souvent blessée par le racisme ouvert ou voilé. Ce racisme latent conduit en partie à l’échec scolaire de nombreux d’entre eux en Europe, et engendre une société parallèle de jeunes dont l´avenir est dès le jeune âge bouché.

Vision d’avenir, un monde d’union fraternelle

Mais ce qui me donne de l’espoir en ce moment, c’est que vous êtes tous ici aujourd’hui: issus de toutes origines et de toutes confessions et convictions, Blancs, Noirs, jeunes, moins jeunes, hommes et femmes. Vous êtes venus parce que vous dites NON au racisme, NON à cette folie, à ses conséquences discriminatoires et à l’injustice que les Noirs et les descendants d’Africains subissent depuis des siècles simplement parce qu’ils ont une couleur de peau différente. Luttons ensemble contre le racisme: car nous sommes la preuve que nous pouvons construire – quelle que soit la couleur de notre peau-, un monde de fraternité, de sororité et de diversité si nous le voulons. Et comme le disait l´ex président-poète du Sénégal, Léopold Sédar Senghor„ une ceinture fraternelle“. Car parmi les manifestants réunis ici, il y a beaucoup de Blancs qui ont compris qu’ils doivent eux-mêmes lutter contre le racisme aux côtés des Noirs. Tous demandent justice. Nous avons posé le premier jalon aujourd’hui. Nous allons – si nous le voulons tous changer notre monde et réaliser le rêve de Martin Luther King. Je vous remercie de votre aimable attention.

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana.

Députée au Parlement Européen.

Discours prononcé en allemand à Nuremberg et à Erlangen, le 6 juin 2020.

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