Un prisonnier Afro-Belge dans un camp nazi

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 Fernand Van Horen

Courtoisie. Etienne Vernaeve ©Dr.Herzberger-Fofana

Fernand Van Horen (1909-2005):  détenu dans un camp  

Le 26 avril 2026, le  Mémorial de Flossenbürg a célébré le 81ᵉ anniversaire de la libération du camp de concentration. Dans le cadre des semaines commémoratives organisées à travers l’Allemagne, de nombreuses cérémonies ont lieu pour honorer la mémoire des victimes du national-socialisme, terme officiel (nazi est une abréviation)

Mais cette commémoration a également révélé une réalité plus troublante: certaines victimes restent encore largement absentes de la mémoire collective.

Une reconnaissance historique

Fernand Van Horen, Afro-Belge d’origine congolaise, né à Djoko-Punda le 12 décembre 1909 (ex Charleville) dans le Kasai á 1500 Kilomètres de Kinshasa en République Démocratique du Congo. Après le décès de son père Belge, il est arraché à l’affection de sa mère Congolaise et envoyé à l’âge de 3 ans en Belgique chez sa grand-mère paternelle. Après son décès, il est adopté par sa tante paternelle et fait ses humanités à Bruxelles. Lors de l’occupation de la Belgique en 1941, il s’engage dans les réseaux de la Résistance de Bruxelles. Il est arrêté par  la GESTAPO, la police secrète nazie et finalement déporté au camp de Flossenbürg en Allemagne. En Belgique, Fernand Van Horen dit “Horn” est connu comme un célèbre dessinateur, caricaturiste dans le domaine du sport. Mais paradoxalement  sa détention dans les camps de concentration est passée sous silence  Or , ses dessins lui ont sauvé  au camp de Flossenbürg.

©Dr. Pierrette Herzberger-Fofana. Flossenbürg 26 April 2026

Invitée par le directeur du mémorial à participer à cette cérémonie commémorative,  j’y ai pris  part afin de rendre hommage aux victimes et de contribuer à la reconnaissance des victimes d’ascendance africaine.  Ce moment revêt une signification particulière, d’autant plus que, jusqu’à récemment,  le directeur du Mémorial  ignorait totalement que Fernand Van Horen était un métis Belge. Dans un courrier daté du 24 avril 2026, il m‘ écrivait :

«Votre message m’a beaucoup surpris.. Nous connaissons Fernand Van Horen depuis de nombreuses années comme détenu belge du camp de concentration de Flossenbürg, et l’un de ses dessins fait partie de notre exposition permanente depuis 2007. Cependant, le fait qu’il était Afro-Belge nous était totalement inconnu jusqu’à ce jour”.  (ma traduction » )

Ce constat est saisissant. Comment expliquer que, pendant des décennies, une institution mémorielle majeure ait conservé les traces d’un détenu  y compris ses dessins qui font partie de l’exposition permanente du Mémorial, sans connaître son identité complète ?

Comment une telle information a-t-elle pu rester invisible si longtemps?

Ce constat m’a profondément interpellée. Il ne révèle pas seulement une lacune historique, mais une faille dans la construction même de la mémoire collective. Il est également révélateur du manque de reconnaissance des victimes Noires du national-socialisme.

Flossenbürg 26.4.2026. ,©Dr.Herzberger-Fofana

Vers une reconnaissance des victimes d’Afro-descendants

Un constat s’impose: ni les représentants de l’association belge  des anciens prisonniers,  ni la délégation officielle belge, ni même les autorités consulaires belges en Bavière n’avaient connaissance de la présence d’un détenu belge d’origine congolaise dans ce camp. Pourtant l’année dernière, je m’étais adressée aux autorités, en charge de l’allocution qui devait être prononcée lors du 80ème anniversaire de la libération de Flossenbürg.

Ce manque de visibilité souligne l’urgence de poursuivre le travail de mémoire. À cet égard, une coopération avec la direction du mémorial de Flossenbürg est envisagée afin de mieux faire connaître les victimes Noires du national-socialisme dans la conscience collective. La publication de notre ouvrage sur les Résistants d’ascendance Africaine durant la période nazie prévue pour l’automne comblera en partie cette lacune.

Belgique-Congo : Une mémoire invsible

Le 21 mars 2024,j’avais organisé au Parlement Européen, une cérémonie en hommage aux héros et une héroïne d’ascendance africaine durant  l’occupation de la Belgique. Cet événement a rencontré un écho retentissant au sein de la communauté Noire, de la société civile et de l’association des métis de Bruxelles.

Flossenbürg, situé en Bavière, à environ 150 kilomètres de Nuremberg, fait partie de ces lieux de mémoire majeurs. Comme dans de nombreux camps de concentration, il y avait des  Noirs  qu’il faudra identifier, ces martyrs de l’ombre.

Un lieu de mémoire et de responsabilité

Le camp de Flossenbürg est également connu pour avoir été le lieu d’internement et d’exécution du théologien et résistant Allemand Dietrich Bonhoeffer,(1906-1945) .Sur ordre du Führer,il fut  pendu par les nazis le 9 avril 1945.

Tous les Allemands n’étaient pas des partisans de l’idéologie nazie. Il existait en  Allemagne durant le 3ème Reich un fort mouvement clandestin de résistance. Mais si certaines figures sont aujourd’hui pleinement intégrées à la mémoire collective, en Allemagne d’autres demeurent en marge. Ces différences soulèvent des questions, non pas dans le sens d’une rivalité entre les victimes, mais en ce qui concerne les mécanismes qui déterminent quelles histoires sont racontées et lesquelles ne le sont pas.  Cette hiérarchie mémorielle doit être interrogée. Car le devoir de mémoire  n’est pas seulement une question du passé. Il façonne également la perception que nous avons de nous-mêmes aujourd’hui. Ceux qui sont visibles dans l’histoire font partie du cœur narratif, sont inclus dans les manuels. Ceux qui restent invisibles sont également moins pris en compte dans le discours actuel.. Ce  devoir de mémoire reste incomplet tant que toutes les victimes ne sont pas reconnues.

La visite au Mémorial de Flossenbürg  m’a permis de découvrir les conditions d’arrivée des détenus, notamment la salle où ils étaient contraints de se déshabiller et d’échanger leurs vêtements contre l’uniforme du camp. Bien que la plupart des baraques aient  été détruites, une exposition permanente retrace aujourd’hui la vie des prisonniers, venus de plus de 30 pays. Plus de 84 000 personnes y furent internées.

,Mémorial de Flossenbürg ©Dr.Herzberger-Fofana

Parmi les détenus se trouvaient des hommes, des femmes et des enfants, mais aussi au moins une autre personne Noire,  dont l’identité reste à établir. Deux dessins réalisés par Fernand van Horen, illustrant la vie quotidienne dans le camp, sont exposés de manière permanente au Mémorial de Flossenbürg.

Une cérémonie de commémoration internationale

La cérémonie officielle du 26 avril 2026  était présidée par  le ministre de l’Intérieur de la Bavière. Dans son discours, il a souligné l’importance du devoir de mémoire :

« Le camp de concentration de Flossenbürg est un mémorial, un lieu de mémoire et un lieu de responsabilité. […] »

Parmi les survivants présents figurait notamment un centenaire dont le témoignage a profondément marqué l’assistance, ainsi que la fille d’un survivant polonais.

De nombreuses délégations internationales, notamment belges, étaient également présentes afin de rendre hommage à ces prisonniers qui ont vécu dans des conditions inhumaines et qui, pour beaucoup, ont payé de leur vie leur engagement.

Une réhabilitation à travers un  acte mémoriel

Nous pouvons désormais espérer que la Belgique rendra hommage à Fernand Van Horen, par exemple en donnant son nom à une rue ou à travers un pavé mémoriel ou bien même en apposant une plaque commémorative à un lieu à Bruxelles lié à sa vie.

Une telle reconnaissance devrait également s’étendre à d’autres figures, telles que Jean  Johny Vosté, détenu à Dachau  ou Augusta Chiwy. ”L’ange de Bastogne” qui a secouru les troupes alliées en Belgique. Tous les trois sont des métis belges de mère Congolaise.

La République démcratique du Congo devrait aussi leur rendre hommage avec une stèle à leur lieu de naissance pour commémorer leurs deux fils et le Burundi à leur  fille Augusta Chiwy. Tous les trois  sont aujourd’hui entrés dans l’histoire . Van Horen est resté attaché à son lieu de naissance,  il signait ces articles parfois du nom de “Djoko” en référence à sa ville natale.

Nous souhations  que  tous les pays africains concernés rendent hommage aux victimes du nazisme celles qui ont péri dans les camps, celles qui ont survévu. Tous ont libéré l’Europe du joug  des  nazis:  des “Tirailleurs Sénégalais” aux résistants et résistantes  anonymes.

Reconnaître ces trois héros de l’ombre  et au-delà tous les autres victimes d‘ascendance africaine, ne relève pas seulement de la justice historique. Un tel geste contribuerait à renforcer les objectifs de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2024–2034), proclamée par les Nations Unies.

Bruxelles 21.3.2024 ©Dr. Pierrette Herzberger-Fofana.

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